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Tuesday, January 10, 2023

Le Kraken ne pense pas

Amis chers, gens beaux et heureux,

Do what thou wilt shall be the whole of the Law.


Amis chers, la Lecture de ce jour est le Liber A'ash vel Capricorni Pneumatici sub figurâ CCCLXX, versets 9 à 12.

9. It is like the oak that hardens itself and bears up against the storm. It is weather-beaten and scarred and confident like a sea-captain.

Commentaire 2021 e.v. : Parlant de sea-captain, un ami du lointain m'a écrit pour me demander conseil au sujet du nom à donner au bateau de grand luxe qu'il vient d'acquérir : « Que symbolise le bateau en Magie ? »

Je lui ai répondu : « Le bateau symbolise le Début du Début, l'Ovule, la condition sina qua non à l'entreprise initiatique, ainsi qu'il est écrit : < In the boat of Ra did I travel > (LLL 4, 34), et < Let us shape unto ourselves a boat of mother-of-pearl... that we may ride upon the river of Amrit > (Cordis 1, 33), et < I will make me a little boat of my tongue, and explore the unknown rivers — It may be that the everlasting salt may turn to sweetness, and that my life may be no longer athirst > (Cordis 4, 5).

« C'est pourquoi le Temple a la forme « nautique » de la vesica piscis, que les Livres Saints appellent < forme de l'Univers > (LLL 6, 2), c'est-à-dire forme de la configuration préalable à tout.

« Or, quel est ce prérequis, cette salle d'attente du Commencement ? — Se lever au milieu de la nuit (pour Hud, bien sûr, mais notez la portée symbolique d'une phrase comme : l'Initié est, avant tout, celui qui s'est levé au milieu de la nuit.)

« Si j'avais un navire à baptiser, je l’appellerais le Levez-vous ! »

Commentaire 2022 e.v. : J'ai dit, je redis donc, qu'un remez de ce verset est la représentation du Thélémite optimal :

"Dur comme un chêne millénaire face aux forces d'ombre qui tentent une immixtion, méprisant les contingences de la vie troglodyte et les blessures psycho-sentimentales, confiant en son Destin tel le capitaine du Titanic, le Magicien s'efforce d'échapper au licol, comme la chèvre de monsieur Seguin — C'est un prince, un prêtre, et il est si joyeux qu'il en paraît fou." (Point Limite Zéro : Soyons priapiques)

Commentaire 2023 e.v. : Me rappelle une séance de Questionnaire de Proust durant laquelle j'ai répondu, à "Qui d'autre que vous auriez-vous aimé être ?" : 

"Le capitaine Merrill Stubbing, pilote du Pacific Princess, s'il avait, en plus, le pouvoir de se transformer à volonté en Joe Manganiello, époux de Sofia Vergara." (Tempus Lunae)

Je maintiens que c'est le karma optimum.

10. Also it straineth like a hound in the leash.

Commentaire 2021 e.v. : Achad, dans sa lecture spécifiquement érotique du Liber A'ash, a dit de ce verset : < [Le chêne, i.e. le Phallus, est confiant] comme quelqu'un qui possède la connaissance des « navires » et de la manière de les manœuvrer en toutes circonstances >, et le Maître Therion (qu'il soit béni et vénéré) a approuvé ce commentaire.

C'est dire que le chêne est notre role model : Principe de HERU-RA-HA : DIEU, la Divinité Inconnaissable, est, au Tout, ce que le Soleil est à l'Ensemble, le Roi à la Cité et le Phallus à l'Homme — Or, selon Achad, le Chêne désigne le Phallus — Quiconque veut être Roi, doit donc être Chêne — Saviez-vous que la Rune qui signe la Sphère (phallique par excellence) de Yesod (« Fondation ») est Ak ᚪ, dont le nom signifie : un Chêne ? — Le Roi est le Juste (L'Atu IV est signé par Tzaddi צ, Lettre du Tzaddik) et la formule de Yesod est « le Juste est la Fondation du Monde. »

Question : Que faut-il faire pour « être chêne » ?

Commentaire 2022 e.v. : Dans ma jeunesse, lorsqu'il advenait que, promenant mon pitbull, je croisasse un Français-d'origine-nord-africaine-au-passé-migratoire-récent, et que celui-ci me lançât des regards inquiets à la vue du chien tirant sur la laisse dans sa direction, je tranquillisais l'Arabe en lui disant : "l'American Pit Bull Terrier est un chien de paix, de tolérance et d'amour".

Commentaire 2023 e.v. : Me rappelle l'hommage public rendu par moi à Me Alexandra Bardin-Szpiega, qui était alors mon conseil :


11. It hath pride and great subtlety. Yea, and glee also !

Commentaire 2021 e.v. : Réponse : être fier, très subtil, et joyeux.

Pride : Pour le Heathen, humilité et fierté sont exclusives l'une de l'autre — au lieu qu'en vérité, il faut bel et bien avoir les deux, mais savoir quand les utiliser.

Même la colère, la luxure, la paresse, la vanité, la gloutonnerie, l'avarice, — et l'acédie soi-même, — sont de très saintes choses si l'on sait quand s'en servir — Toutes les impulsions du monde sont très saintes, puisque DIEU les a mises en vous — Le tout est que chacune reste à sa place (principe essentiel de la Loi de Thélème).

Le Heathen considère que l'on ne peut qu'être beta timoré ou arrogant alpha — Mais ce sont là deux termes de zoologie, effectivement propres au Heathen, qui est un singe : ils ne concernent pas l'Homme (Adjuvo, le Maître Ever, dit : < Nous ne sommes pas venus sauver l'humanité : c'est nous, l'humanité — En dehors de nous, il n'y a que des singes et la créatures aveugle de la fange. >)

Il est écrit : < Thou art the Lord of Glory, and the unclean dog > (Cordis 2, 3) : orgueil et humilité sont un — C'est le Mystère que la Saison Sainte a pour fonction de révéler : dans l'Orgie, turpitude et sacralité fusionnent, parce que les deux sont, précisément, saintes.

Durant les vingt-deux jours de la Saison, la lumière extrême nous met au niveau (« high ») d'avoir la great subtlety de distinguer exactement quand être fier et quand être humble.

En vérité, être Thélémite impose d'être fier !

Prier DIEU requiert une fierté inouïe, puisque cela implique que je me tienne debout devant DIEU Lui-même et exige « S'il Te plaît, DIEU, écoute-moi » !!! Quel orgueil colossal il faut pour prier ! — Mais c'est un orgueil saint.

Il existe également une humilité sainte.

Non, évidemment, cette atroce restriction bredouillante que la vermine chrétienne pare du beau nom d'humilité.

Les hommes qui possèdent la sainte humilité (i.e. la non-hystérie : l'hystérie est le singe du saint orgueil, puisque elle est la projection d'une persona de substitution destinée à protéger l'égo endolori du Trog d'éventuelles blessures psycho-affectives supplémentaires) sont les plus puissants du monde (et inversement : les puissants de ce monde sont tous entièrement dépourvus d'hystérie — Jeff Bezos ne passe certes pas sa journée à dire gayment « moi, tu vois, je suis comme ça, et comme ça, et comme ça, etc. » à qui veut l'entendre, dans l'espoir de valider un personnage de compensation !) : or il est écrit : < sois fier [saint orgueil] et puissant [sainte humilité] parmi les hommes ! > (AL 2, 77)

La great subtlety a pour fonction de distinguer ces vertus de leurs simiesques et nabottes contrefaçons.

And glee also : Le plus grand de tous les maux est la tristesse, comme il est écrit : < when ye are sad, know that I have forsaken you. > (AL 2, 56)

Tel le psychotique atteint de melancholia, chez qui la pulsion suicidaire est irrépressible, le monde se rue vers l'Abîme parce qu'il est empli de tristesse.

Avez-vous déjà dit « Bénis sommes-nous d'avoir entendu de telles Paroles ! » après un discours de Macron ? Avez-vous déjà entendu des enfants s'écrier, en sortant de l'école : « Quelle merveille d'avoir reçu un tel Enseignement ! » ? — Tout est fait pour éteindre la personne, au lieu de la connecter — Choronzon travaille exclusivement à vous gaver de tristesse.

Commentaire 2023 e.v. : En fait de pride, rappel :

"Etre fier est, pour nous Thélémites, une obligation religieuse.

"< O be thou proud and mighty among men > (AL 2, 77) pour les garçons, < let her raise herself in pride > (AL 3, 44) pour les filles.

"Mais il ne s'agit pas d'orgueil — Quand on nous demande les raisons que nous avons d'être fiers, nous répondons : c'est qu'en vertu du Mystère de la Communion des Saints, et de celui du Graal, le sang des "Fils du Lion et du Serpent" coule dans nos veines : nous sommes (donc) tous parents du roi Arthur, de l'empereur Charlemagne, de Fréderic II de Hohenstaufen, de Louis II de Bavière... Or, "noblesse oblige" : nous devons tenir notre rang." (Je me reincarnerai en serpent)

12. Let the Magus act thus in his conjuration.

Commentaire 2021 e.v. : Un lecteur anonyme m'écrivait ces jours-ci : « Il y a un gigantesque gnarled oak dans mon jardin, qui me fait penser à celui du Liber CCCLXX et qui me fait aussi penser à votre enseignement : ses branches sont si gnarled dans tous les sens, si noueuses, si tordues, qu'on ne pourrait rien fabriquer avec le bois de cet arbre : vous êtes grandissime et impressionnant, mais inutilisable en pratique. »

Je lui ai répondu : «  La panthère des neiges, qui est le fauve le plus perfectionné du règne animal, ainsi que l'éclatant symbole de l'Attainment, est en voie d'extinction pour la beauté de son pelage : prédateur suprême, elle est perpétuellement traquée par des braconniers mongoloïdes pouilleux — Votre chêne a la meilleure part en ce monde : immense, majestueux, et inutilisable en pratique (donc sans risque qu'on veuille le débiter en tranches).

« C'est pourquoi, comme je l'ai écrit autrefois : "Depuis la fin de mes études, je m’efforce d’être aussi inutile que possible." (Pimp)

« Être inutile est gage de sérénité et de bien-être : la Rolls-Royce indiffère les gens de la plèbe tant qu'ils la croient une pièce de collection : ce n'est que lorsqu'ils voient quelqu'un la conduire en ville qu'ils deviennent haineux.

« L'inutilité sociale, l'absence de qualités avouables (j'écrivais, à l’Époque Classique, comme un leitmotiv : "Mon seul talent, c'est ma queue"), le détachement de tout souci mondain (shumulisme fondamental : "Il y a deux règles pour vivre heureux. La première, c’est de n’accorder aucune importance aux soucis mineurs. La seconde, c’est que tous les soucis sont mineurs" — Sol in Taurus) sont les trois composantes essentielles de mon θέλημα, donc de ma Voie, donc de ma Doctrine, donc de ma Praxis — elles sont ma religion. »

Commentaire 2022 e.v. : Jimmy Page (puisse t-il vivre de longs jours heureux, Amen), dont c'était, hier, la Lesser Feast, a le Magus (Atu I) au Sud de son thème de naissance, et, de fait, je ne crois pas que quelqu'un ait jamais mieux traduit en action, en act, la formule de cette Lame — Il faut avoir assisté au solo d'archet de Dazed and Confused, au solo de théramine de Whole Lotta Love, ou, en réalité, à tout ce que Jimmy Page crée à chaque seconde qu'il est sur scène, pour espérer comprendre quelque chose au Sentier de ב et à la parabole du joueur de flûte de Hamelin — D'où l'inexplicable succès de Led Zeppelin, attirant les foules en dépit d'un concept artistique très élevé, alambiqué, théoriquement inaccessible au vulgaire, et d'un marketing aristocratiquement anti-commercial.

Commentaire 2023 e.v. : Parlant de conjurer un présent douloureux et de susciter des jours meilleurs, on vient de me relayer la sauvegarde du Classic Shumule légendaire intitulé Le Kraken ne pense pas, et réputé perdu depuis les Premières Persécutions (2013 e.v.).

Je m'empresse de vous reposter ce texte culte avec amour : il porte chance !

Le Kraken ne pense pas 

La nuit passée, je fis un splendide cauchemar – il n’est, du reste, pas impossible que ce blog devienne exclusivement mon dream book

Je sens bien que la Loi de Thélème, la morale aristocratique et l'ethnoséparatisme sont des notions qui vous angoissent – au lieu qu’elles devraient vous libérer. 

Comme, d’un autre côté, je n’ose plus confier mes productions oniriques à Cathy, ma psy, qui, chaque fois, m’écoute en hochant la tête et en faisant la moue, autant meubler le blog de cette façon. Cela me soulagera et constituera, pour vous, un divertissement assez indolore. 

La nuit passée, je fis donc un splendide cauchemar : 

Au cœur d’une forêt luxuriante, particulièrement riche en lutins, et traversée de beaux rayons de lumière dorée, une jeune Gudja (prêtresse) – œil charbonneux, cheveux de jais, peau très pâle et menton volontaire – une jeune Gudja, dis-je, se tenait assise contre un gigantesque chêne – un chêne de la taille d’un baobab. 

Elle scrutait, en souriant, le bord d’un ruisseau, où un œuf était en train d’éclore : d’une coquille couleur chamois moucheté de blanc argenté, sortait une pieuvre minuscule, que je savais être le petit d’un kraken – fameux monstre marin du folklore wotaniste, récemment popularisé par la série Pirates des Caraïbes

La Gudja contemplait la naissance de l'octopode avec un genre de bienveillance exultante, presque cruelle – et je songeais, voyant le nouveau-né disparaître dans la rivière : « Que se réjouit-elle de ce qu’un animal aussi méchant vienne au monde ? » Puis je rectifiais : « Suis-je donc stupide ! Le kraken n’est pas "méchant". Pour être "méchant", il faut être soumis à la pensée binaire, objective… or, le kraken ne pense pas. Il n’est ni "gentil", ni "méchant" – il est seulement kraken. » 

La Gudja saisissait alors un morceau de bois, traçait la rune Sol sur l’humus noir devant elle, et se plongeait dans la méditation. 

Je pensais : « Elle cherche à équilibrer la charge du kraken (effrayante chose qui se promène dans la nuit des profondeurs marines) par son antithèse : la rune phallique du Solstice de juin. » 

Brusquement, c’était mon anniversaire et je me retrouvais chez moi. 

Tous mes amis m’appelaient – dont la chère Karine, qui riait au téléphone : « Tu m’as longtemps soupçonnée d’être Hel sous un déguisement, alors que je suis Loreleï ! Ah ! Ah ! Ah ! » 

En m’éveillant, j’étais dans une paix parfaite. 

- Sir Shumule, janvier 2013.

Ce que méditant, allez, amis chers, sous la protection de cette sphère spirituelle dont le centre et partout et la circonférence nulle part et que nous appelons DIEU.

Belle journée à tous.

Love is the law, love under will.

D.


☉︎ in 20° ♑︎ : ☽︎ in 29° ♌︎ : ♂︎ : Ⅴⅴⅰⅰⅰ.

Monday, December 13, 2021

Stupor Mundi

Amis chers, gens beaux et heureux,

Do what thou wilt shall be the whole of the Law.

C'est l'aube du sixième lundi après Samhain et nous faisons mémoire de l'inexplicable empereur Frédéric II de Hohenstaufen, — dit la Stupor Mundi ou l'Antéchrist, selon le cas, — mort de ce que son degré d'übermenschitude eût dépassé tous les paramètres de ce monde qui, du coup, s'est trouvé dans l'incapacité de le contenir davantage.

Parlant de prodige, il me faut rendre un nouvel hommage public à Soror Hypatie, ordonnatrice des nos Agapes dominicales, et consigner ce que fut, hier, le déroulement de nos ripailles, afin qu'en vertu du principe once on the internet, it stays on the internet, le souvenir de cet ahurissant festin dure autant que la Toile :

Ⲁ. Salade périgourdine, arrosée d'un Pouilly Fumé, Buisson Renard, Dagueneau 2016. [Pour votre gouverne de milléniaux, une salade périgourdine = magret, gésiers et foie gras de canard, œufs de caille, noix et croûtons.]

Ⲃ. Grondin en papillote à la citronnelle et à l'estragon avec riz rouge camarguais [Comment un poisson avec une tête pareille peut-il être à ce point exquis ?!], arrosé d'un Château d'Esclans 2017.

Ⲅ. Filet de cerf grillé, avec sauce aux chanterelles + écrasé de pommes de terre [La seule évocation de ce plat me remet en transe], arrosé d'un Pommard Vieilles Vignes, Dominique Laurent, 2017 [nectar à éjaculer de bonheur].

Ⲇ. Mousse de clémentines de Corse aux orangettes confites, avec un muscat de Frontignan, Château la Peyssonie, 2005.

< O dear my God ! what a feast Thou hast provided ! > (LLL 6, 42)

Amis chers, la Lecture de ce jour est le Liber Stellæ Rubæ sub figurâ LXVI, versets 9 à 12.

9. In the midst a cup of green wine.

Commentaire : Je ne puis que réitérer le conseil admirable que je vous ai donné il y a deux ans :
Puisque l’Étude (Habibi) de ce Jour comporte le Verset < In the midst a cup of green wine : Au milieu une coupe de vin vert > (Stel, 9), et que Sir Aleister estime qu'il s'agit de Chartreuse, et que la Chartreuse est, à l'origine, un très mystérieux Élixir de longue vie, — dont la formule savante, et secrète, nécessitant l'emploi de cent trente plantes, se trouve dans un manuscrit confié, en 1602, par le duc d'Estrée aux moines chartreux de Vauvert, — buvez aujourd'hui des cocktails à base de Chartreuse (Brandy Daisy, Last Word, French Pousse-café), ou de la Chartreuse on the rocks accompagnée d'un bon cigare de type surenchère freudienne (Puros Indios Chief si vous êtes dans la simple penis envy, Davidoff Oro Blanco République Dominicaine si vous avez l'habitude de compenser par le portefeuille.)
10. At the foot the Star of Ruby.

Commentaire : Rien à faire ! Star Ruby m'évoque immédiatement une variété de pomelo, dont je fis une consommation frénétique lors de mes séjours aux Îles-sous-le-vent. Je recommande Curaçao (et crois vous avoir souvent narré mes aventures là-bas).

11. The altar shall be entirely bare.

Commentaire : Un jour que je gambadais (je gambade constamment ; j'aime gambader ; dès que j'ai un moment à moi, il faut que je gambade ; en fait, cette manie m'a fait réformer) dans la féerique, et généralement ignorée, partie du domaine du château de Versailles appelée, précisément, le Domaine, je me suis brusquement souvenu, contemplant la beauté de la nature, de l'arcane "L'autel est une femme"...

"C'est pourquoi on passe tant de temps à l'orner, ajoutai-je immédiatement. On peut dire d'un Magicien qui va placer les revêtements sur l'Autel du Temple, ce qu'on dit d'une femme qui va se maquiller : l'avantage, s'il "n'y en a que pour cinq minutes", c'est que ça laisse aux invités une heure pour papoter..."

M'est alors revenue en mémoire la réponse prodigieuse que me fit, jadis, à Ibiza, une mienne petite amie à qui je signalais que, vu le bout de tissu presque imperceptible que constituait son string, elle pouvait aussi bien aller entièrement nue à la plage : "Et tu as déjà vu une fille entièrement nue allumer les mecs ?..."

Il y a dans sa sexy boutade un Enseignement majeur.

12. First, the ritual of the Flaming Star.

Commentaire : Le Magicien commence toutes ses Cérémonies par le Rituel Mineur du Pentagramme, pour très précisément la même raison que le Petit Prince commence toutes ses journées par l'éradication des pousses de baobabs.

Du reste, qui comprend le sens profond de l'œuvre la plus célèbre d'Antoine de Saint-Exupéry n'aurait pas besoin du Liber ABA, si, pour pouvoir comprendre le sens profond de l'œuvre la plus célèbre d'Antoine de Saint-Exupéry, il ne fallait, d'abord, avoir lu le Liber ABA...

Ce que méditant, allez, amis chers, sous la protection de cette sphère spirituelle dont le centre est partout et la circonférence nulle part et que nous appelons DIEU.

Belle journée à tous.

Love is the law, love under will.

- ☉︎ in 21° ♐︎ : ☽︎ in 20° ♈︎ : ☽︎ : Ⅴⅴⅰⅰ.






Précédent commentaire sur ce péricope : Vendredi 13  (2019)

Monday, April 5, 2021

Cléopâtre & moi

Amis chers, gens beaux et heureux,

Do what thou wilt shall be the whole of the Law.

Coke si péruvienne qu'elle chante du Isabela Merced en poncho sur un lama.

Autrement, la Lecture de ce lundi est le Liber LXV : Liber Cordis Cincti Serpente sub figurâ אדני, chapitre 4, versets 26 à 29.

26. My God! Let Thy secret fang pierce to the marrow of the little secret bone that I have kept against the Day of Vengeance of Hoor-Ra. Let Kheph-Ra sound his sharded drone! let the jackals of Day and Night howl in the wilderness of Time! let the Towers of the Universe totter, and the guardians hasten away! For my Lord hath revealed Himself as a mighty serpent, and my heart is the blood of His body.

Commentaire : Lorsque mourut l'Empereur Fréderic II, de sainte mémoire, son fils écrivit : "Le soleil s'est couché, qui éclairait le monde."

Or, la Magie enseigne que l'entrée dans la nuit — la "tentative d'usurpation" menée par les habitants du cône d'ombre — est comparable aux troubles qui suivent immanquablement la mort d'un grand et solaire souverain : "le lion est mort, les chacals se disputent l'empire".

Comme hier était le Jour-entièrement-dépourvu-de-cône-d'ombre, un correspondant, qui signe BL, m'a demandé de republier un mien billet de 2010, intitulé Cleanliness, dans lequel j'expliquais, de façon trog-friendly, i.e. très B-a-Ba, les implications de la chose.

Je me limiterai au passage suivant (qui répond spécifiquement au questions posées par BL) :
Les œuvres de Magie basse, les rites sombres, effectués dans des intentions égoïstes ou criminelles, et même simplement matérielles, nécessitent la nuit, de façon générale, et plus particulièrement la nuit sans lune, afin d’obtenir le maximum d’obscurité.

C’est ainsi que, de tous temps et en tous lieux, la nuit de la nouvelle lune, quand l’astre nocturne est conjoint au soleil et n’en reflète aucun rayon, fut celle des charmes et des enchantements.

A minuit, le magicien noir se trouvait au centre même du cône d’ombre, littéralement entouré de tous les être qui y gravitent.

Il n’existe, en fait dans l’année, qu’un seul jour où l’influence du cône d’ombre soit absolument nulle – c’est celui du premier jour du soleil (dimanche) qui suit la pleine lune après l’équinoxe de printemps, moments annuel et mensuel où d’une part la lune éclaire à son maximum le cône d’ombre, et où le soleil, arrivant au Bélier céleste, remonte sur l’horizon sidéral.

Ce jour-là, la fameuse cleanliness qui résulte, en Magie, des rites de bannissement est omniprésente. Il est extrêmement difficile d’y avoir une impulsion vile, comme chacun de nous a pu, hier, en faire l’expérience pratique.

Or, les rites de bannissement consistant à cantonner chacun des quatre éléments [feu, eau, air, terre] sur les points cardinaux, pour que le Cinquième élément [l’Esprit] puisse emplir le Cercle, ce jour est devenu la « fête du cinquième élément » représenté par son symbole éternel : l’Œuf.

Il est déplorable que nous ne connaissions plus le vrai nom de cette fête (ce qui est également le cas pour la nuit « de Walpurgis » en mai) – mais il est tout à fait significatif que, passée la parenthèse judéo-chrétienne, on n’ait retenu de ce jour que les œufs, comme on n’a retenu de Noël, avec raison, que le sapin.

Et le présent « lundi de Pâques », me direz-vous ? - Eh bien, il s’agit de l’une des rares perpétuations de nos traditions festives les plus anciennes, qui veulent que l’on doive toujours chômer le jour suivant une fête sacrée, afin de pouvoir, au cours de celle-ci, s'amuser sans arrière-pensées.

J’espère, par conséquent, que vous vous êtes gavés de chocolat. Ça rend amoureux.
27. I am like a love-sick courtesan of Corinth. I have toyed with kings and captains, and made them my slaves. To-day I am the slave of the little asp of death; and who shall loosen our love ?

Commentaire : J'ai donné bien des commentaires sur les profondeurs de ce verset – Pour aujourd'hui, contentons-nous de signaler que le Maître Therion (qu'il soit béni et vénéré) y voit, dans le pshat, une allusion à Cléopâtre, et que le nom Cleopatra a pour guématrie 807, qui est celle de שבט מלכות, le Sceptre Royal.

28. Weary, weary ! saith the scribe, who shall lead me to the sight of the Rapture of my master ?

Commentaire : Le Maître par excellence est Hadit (AL 2, 65) et il est dit que la méthode pour remonter à lui, i.e. remonter à < Had >, qui est la première Parole de la Loi (AL 1, 1), est d'exprimer constamment sa gratitude envers DIEU, comme il est écrit < Glory to God and Thanksgiving to God ! > (Ara 4, 1).

< Had > se rapporte en effet à הוֹדָ, une action de grâce, homophone de Huð, "dissimulation" (i.e. attribut de Hadit, cf. AL 2, 1), et la partie de la Huð qui consiste à rendre grâce est appelée Sol, "soleil au zénith", qui est le sens littéral du nom Hadit.

29. The body is weary and the soul is sore weary and sleep weighs down their eyelids ; yet ever abides the sure consciousness of ecstasy, unknown, yet known in that its being is certain. O Lord, be my helper, and bring me to the bliss of the Beloved ! 

Commentaire : Le Heathen croit que pour préserver sa vitalité, il suffit d'entretenir son corps – C'est idiot : quel intérêt présente une Lamborghini rutilante en parfait état de marche, si son conducteur est un infirme bigleux dépourvu de permis de conduire ?

Pire ! Les Troglodytes croient que des "méthodes" (diète, sport, etc.) peuvent booster leur santé – puis s'étonnent que Montignac meure à 65 ans (alors que David Crosby va toujours très bien à 80 ans), que la nutritionniste Tara Condell se donne la mort à 27 ans (alors que Jeanne Calment, fumeuse, buveuse, ripailleuse, a vécu dans la joie jusqu'à 122 ans), etc.

On ne peut rien "faire" pour augmenter sa vitalité : c'est, au contraire, l’abandon des soucis et des affaires de ce monde qui conserve la vie : car cet abandon préserve le corps de fatigue et sa connexion à la Neshamah d’usure – La Magie enseigne que 
– Mystère de Binah !  celui dont le corps intact est connecté à la Neshamah est automatiquement uni à la Nature, et vice-versa – Or, la Nature est Babalon, mère de tous les hommes, et toute vie procède d'elle.

Conclusion : quittez le < vieux pays gris > (LLL 5, 37), ses tracas, ses vaccins, et allez, amis chers, sous la protection de cette sphère spirituelle dont le centre est partout et la circonférence nulle part et que nous appelons DIEU.

Belle journée à tous.

Love is the law, love under will.

- ☉︎ in 15° ♈︎ : ☽︎ in 28° ♑︎ : ☽︎ : Ⅴⅴⅰⅰ.

Thursday, October 8, 2020

Du 25ème Æthyr (Blonde Beast)


Amis chers, gens beaux et heureux,
Do what thou wilt shall be the whole of the Law.
Le Liber XXX Aerum vel Saeculi sub figurâ CCCCXVIII rapporte que le Maître Therion, alors qu'il explorait le vingt-cinquième Æthyr que l'on nomme VTI, ou "Aire olive sombre", ou "Aire de la Bête Blonde", ou "Aire du Lion Couronné",  entendit tout à coup une voix lui demander : "Que viens-tu faire par ici, toi, là ? N'as-tu pas le signe du nombre, et le sceau du nom, et l'anneau de l'œil ? Tu n'as aucune volonté !

Le Maître répondit : "Je suis une créature terrestre, et vous voudriez que je nage !" 

La voix lui dit alors : "On sait que tu es peureux ; on sait que tu es ignorant ; on sait que tu es faible ; mais, en l'occurence, ton opinion n'importe pas. Le grain jeté en terre par la main du semeur débat-il intérieurement en se demandant : suis-je de l'avoine ou de l'orge ? Esclave de la malédiction, nous ne donnons rien, nous prenons tout. Sois content. Ce que tu es, tu l'es. Sois content." (VV 25, §5-7) 

Question : Peut-on éprouver un quelconque "contentement" à l'idée d'être humain ?

Réponse : Et pourquoi pas ?

D'abord, notre espèce est, mathématiquement, une grande famille : savez-vous que j'ai, comme tous les hommes, un million de parents généalogiquement plus proches de moi qu'un cousin au dixième degré et que nul être humain en ce monde ne peut être plus éloigné de moi que cousin au cinquantième degré ?

Ensuite, chacune de mes respirations d'humain fait prendre à mon corps dix sextillions d'atomes et, du fait de la circulation des vents, je me trouve avoir, comme vous, chaque année, une relation intime avec des molécules d'oxygène exhalées par toutes les personnes vivantes, ainsi que toutes les personnes ayant jamais vécu. Authentique!

Il se peut que je transporte, en ce moment, des atomes qui furent un jour dans les bronches de Lao-Tseu, d'Alexandre, de Jeanne d'Arc ou de Cléopâtre! 

Enfin, mon corps humain contient près de quatre octillions d'atomes (soit un quatre suivi de vingt-sept zéros !) et, croyez-le ou non, deux cents billions d'entre eux se trouvaient, au XIIème siècle, dans le corps de Fréderic de Hohenstaufen. Oui ! une moyenne de deux cents billions d'atomes de quiconque a jamais vécu sur Terre fait actuellement partie de moi !

Or, comme il y a plus de molécules d'eau dans la contenance d'un verre d'eau que de contenances d'un verre d'eau dans tous les océans du monde, cela implique nécessairement que certaines des molécules qui se trouvent dans tous les verres d'eau que je bois soient passées un jour par les reins d'Ankh-af-na-khonsu.

Je me rappelle ces chiffres en cas de vague à l'âme et je suis content.☀️

Love is the law, love under will.

 LF ☉︎ in 15° ♎︎ : ☽︎ in 28° ♊︎ : ♃︎ : Ⅴⅴⅰ.

Illustration : Le roi David, Lion de Juda. Collégiale de Saint-Aignan sur Cher. (XIIe siècle)

Friday, December 13, 2019

Vendredi 13



Do what thou wilt shall be the whole of the Law.
Le 13 décembre 1250, l'inexplicable empereur Frédéric II de Hohenstaufen, dit la Stupor Mundi ou l'Antéchrist selon le cas, mourait de ce que son degré d'übermenschitude eût dépassé tous les paramètres de ce monde qui, du coup, s'est trouvé dans l'incapacité de le contenir davantage.
"Le soleil s'est couché qui éclairait le monde" : comment festoierons-nous à hauteur du miracle que constitue la matérialisation sur terre d'un être de ce voltage ?
Mon conseil : puisque l’Étude (Habibi) de ce Jour comporte le Verset < In the midst a cup of green wine : Au milieu une coupe de vin vert > (Stel, 9), et que Sir Aleister estime qu'il s'agit de Chartreuse, et que la Chartreuse est, à l'origine, un très mystérieux Élixir de longue vie, — dont la formule savante, et secrète, nécessitant l'emploi de cent trente plantes, se trouve dans un manuscrit confié, en 1602, par le Duc d'Estrée aux moines chartreux de Vauvert, — hérité, dit le manuscrit, des "antiques sages-femmes", ce breuvage constitue, au XVIIe siècle, une résurgence magique aussi intempestive que l'incarnation de Frédéric II en pleine réforme de Cluny, mon conseil, dis-je : buvez aujourd'hui des cocktails à base de Chartreuse (Brandy Daisy, Last Word, French Pousse-café), ou de la Chartreuse on the rocks accompagnée d'un bon cigare de type surenchère freudienne (Puros Indios Chief si vous êtes dans la simple penis envy, Davidoff Oro Blanco République Dominicaine si vous avez l'habitude de compenser par le portefeuille.)
Soyez bénis à tous les plans imaginables de l'existence et n'oubliez pas :


Love is the law, love under will.

ϣ. ☉︎ in 21° ♐︎ : ☽︎ in 7° ♋︎ : ♀︎ : Ⅴⅴ.

Tuesday, October 8, 2019

Priape ne veut pas qu'on pense

Je reçois d’Anonyme cette pétillante boutade :

« Je savais que l’église gnostique avait canonisé Nietzsche, Frédéric II, Alexandre VI, Rabelais, etc. Je trouvais logique que SS ait été ordonné dans cette église. Mais depuis j'ai vu qu'elle avait aussi canonisé Priape et j'ai compris qui était son véritable Saint Patron. »

Comme il est facile, Ami, de se gausser, de loin, du vieil érotomane blanchi sous le harnais… Mais ne vous gênez pas ! Mon front ne sait plus rougir… J’ai raconté, dans tous les sens, mes débordements libidineux – mon perpétuel satyriasis – les frénésies de ma turgescente turbulente jeunesse – mon ahurissante collection de kinks – et je vous dirai, quelque jour, l’origine du surnom « Sans-les-Mains »…

Même le Dictionnaire des Droites Subversives reproduit un texte où je signale que « Michelle Rodriguez fait de ma queue une fonction autonome ». Avouez tout de même. Dans un monde post-Weinstein, je suis une excroissance honteuse. Je fais tache sur l’ère milléniale en poussant un râle de volupté.

(Notez bien : j’aimais mieux quand on qualifiait les gens de mon espèce – si tant est qu’il s’en trouve – d’ « obsédés », de « prédateurs », de « pervers polymorphes »… L’épithète « dalleux » fait penser à « galeux ». C’est très désobligeant.)

Mais baste ! Oui, Priape est un saint de l’Église Gnostique Catholique (fête le 24 mars). Vous êtes-vous seulement demandé pourquoi, Gribouille, avant que de saisir l’occasion de railler la sexualité compulsive de Shumule, c’est-à-dire de vous moquer d’un infirme ?

Vous me répondrez : « Fastoche : l’érection constante du fils de Dionysos (autre saint gnostique) fait de Priape, – comme Pan (autre saint gnostique) et Khem (autre saint gnostique), – une heureuse personnification du culte phallique, dont Richard Payne Knight (autre saint gnostique) a démontré qu’il est à l’origine de tous les cultes : il fallait bien que les Crowleyens eussent leur propre version du Frey nordique, des Tikis tahitiens, des Kamis japonais protecteurs des carrefours… »

Le pire, c’est que vous n’aurez pas tout à fait tort, en plus...

J’ai moi-même écrit :

« Sir Richard Payne Knight a démontré jadis que toutes les religions du monde procèdent d’un culte phallique initial, qui n’a, dans son principe, rien d’agraire, ni de freudien – En voici la raison : les Initiés classent les conditions indispensables à l’existence humaine selon la traditionnelle nomenclature élémentaire – l’Esprit (i.e. la fusion des opposés, c'est-à-dire l’union sexuelle), la Terre (l’incarnation), l’Air (la respiration), l’Eau (question de survie immédiate) et le Feu (l’énergie contenue dans les divers types d’aliments). Tout cela est très logique. Mais, si le sexe est, évidemment, la condition première à l’existence, alors la toute première condition à l'existence est l’érection : la condition indispensable à la condition indispensable à la survie de l’espèce est que l’homme bande : au commencement était la gaule. (On pourrait aisément en conclure à la phallocratie et au patriarcat, s'il ne fallait que quelqu'un suscitât la gaule en question – devons-nous en déduire qu'« au commencement était Michelle Rodriguez » ??? – mais je digresse.) Voilà pourquoi la seule constante absolue, dans les religions naturelles, est la vénération du phallus érigé, qui – des obélisques égyptiens aux menhirs celtes, en passant par les lingams de l’Inde – ne consiste pas à déifier les organes génitaux, mais à représenter l’origine des choses, i.e. le Divin, sous sa forme la plus primordiale – donc sa forme la plus pure – donc sa forme suprême. Par adaptation, les gens du peuple ont, partout et toujours, regardé le symbole ithyphallique comme le grand signe bénéfique – celui qui éloigne le malheur. Et, de même que les Italiens portent une corne priapique autour du cou pour chasser le mauvais œil, les Wotanistes portent le marteau de Thór (talisman dont chacun aura remarqué qu’on peut y voir autre chose qu’un marteau), afin de conjurer les forces hostiles à l’harmonie du monde. »
Destination Ragnarök (2011).

En fait, la clé de la canonisation du dieu des Jardins se trouve dans le fameux proverbe : Priape ne veut pas qu’on pense.

Au sens littéral, cet adage fait évidemment référence au principe par nous résumé ainsi : « l'homme qui ratiocine ne peut ni bander, ni rire, ni invoquer : déportez les intellectuels ! »

Mais on peut aller plus à fond encore, en prenant la chose à l’envers :

Il est écrit dans nos Livres Saints : < thought is evil : la pensée, c’est le mal > (LLL 1, 32). Or, la moindre cagole de village n’ignore pas que l’homme qui bande ne pense plus. En ce sens, la pulsion érotique est comme le yoga : un moyen de mettre fin à l’oscillation mentale.

D’où les kinks, dont nous parlions : s’il va hormonalement de soi qu’un homme est stimulé par le passage d’une « blonde à forte poitrine », il advient – thème admirablement traité par Barbey d’Aurevilly dans son farabuleux chef-d’œuvre Une Vieille Maîtresse – que des morphotypes improbables nous embrasent, nous obsèdent, révélant ce que les Anciens Chants des Sages du Nord appellent « la haine de Loki pour Heimdall » : libido (Heimdall, qui fonde le peuple blanc par inadvertance via des dérapages adultérins dus à sa nature de queutard insatiable, représente, évidemment, l’instinct de continuation de l’espèce) et activité mentale (spécialité de Loki) sont inconciliables : c’est pourquoi Heimdall et Loki s’entretuent à Ragnarök : il leur est impossible de coexister.

(Je me souviens, par ex, de la première fois que j’ai vu un portrait de la culturiste Nathalie Foreau : mon cerveau me disait « cette femme n’en est plus une, elle est absolument difforme » pendant que ma queue me disait « je suis une batte de base-ball louisville-slugger de 42 pouces en alliage. »)

La Magie enseigne : toute peur cache un désir, tout désir est l’érotisation d’une peur (= Heimdall le Chaud Lapin et Loki l’Inverti se chamaillent devant Bifröst). Il est bien connu que les déviants sexuels internés d’office sont des gens dont les fixations consistent en des « éblouissements » volontaires, au moyen de fantasmes (« tournoyants comme la ronde des lutins un 2-août ») qui symbolisent leurs traumas et ont pour fonction d’empêcher que ceux-ci remontent, sous leur forme originale, à la conscience : histoire éternelle de l’enfant choqué par l’apparente cruauté de l’existence et qui devient sadique ; de l’enfant battu qui devient masochiste ; de l’écolier bullied par les rustauds du coin qui devient gay passif pour homo-macho en tenue de motards : il s’agit non seulement de rendre le souvenir tolérable, mais de le rendre jouissif.)

Vous me direz : qu’y a-t-il, grands dieux ! de saint dans ce bestiaire ?!

J’y arrive. Au-delà de l’aspect psycho-affectif, la Qabale attribue la Sphère de Yesod (= les parties génitales de l’homme + son subconscient) à la Lune, c’est-à-dire à l’affolante et fantomatique réflexion, au cœur des ténèbres, de la lumière du Soleil (Sphère de Tipheret = le cœur de l’homme + sa conscience), qui, elle-même, est la contraction de la Lumière divine infinie (Sphère de Kether = la fontanelle de l’homme + sa supraconscience) : en clair, la libido d’un homme révèle son ipséité, donc sa divinité, sous un masque. Or c’est comme dans le théâtre Nō : plus la divinité est puissante, plus le masque est impressionnant. D’où, axiome : à gens exceptionnels, mœurs exceptionnels, qui me fit écrire jadis :

« Moi, j’admets tout… La scatophilie de Jean-Paul Belmondo, la zoophilie de Jeanne Moreau, Proust ne pouvant jouir qu’au spectacle de rats s’entredévorant… le nombre invraisemblable de fois que Maurice Chevalier dut se rendre aux urgences pour se faire extraire une bouteille de champagne du rectum… les diamants qu’Arthur Meyer, fondateur du Gaulois, glissait dans le sien, avant de les y faire chercher par sa maîtresse, la comédienne Alice Regnault… Max Jacob se faisant défoncer, de grand matin, par les forts des Halles, avant d’aller dire son chapelet sur les marches de la basilique du Sacré-Cœur… Victor Hugo arrêté pour exhibitionnisme au bois de Boulogne, et ayant, à l’égard de sa petite-fille, plus d’attachement qu’il n’appartient à un grand-père… tout cela est fantastique, parce que c’est la Vie qui pulvérise l’image d’Épinal ou le sitcom américain, c’est-à-dire l’Idole… Voilà le Humor of the Gods, qui est le véritable Hammer of the Gods. » – Butt (2014)

Et voilà pourquoi Priape est un saint.

Maître Therion dit : < L’acte d’amour, même s’il est, dans sa forme, avec un cheval, comme Caligula, avec une foule, comme Messaline, avec un géant, comme Héliogabale, avec une grenouille, comme Néron, avec un monstre, comme Baudelaire – même si, avec Sade, il tire son excitation du sang ; avec Sacher-Masoch, du fouet et de la fourrure ; avec Yvette Guibert, d’un gant ; ou s’il est fou des nouveau-nés, comme E.T. Reads dans Punch ; si l’on s’aime soi-même au point de dédaigner tous les autres, comme Narcisse ; si l’on s’offre sans amour à l’amour de tous, comme Catherine ; si l’on trouve le corps si vain que l’on enferme son désir dans son âme, faisant de sa vie, en imagination, une spinthéropie incessante, comme Aubrey Beardsley – peu importe le moyen. Bach a sa manière, Keats la sienne, Goya la sienne. La fin est tout : que, par l’acte, quel qu’il soit, l’on adore, aime, possède et devienne NUIT. > (New Comment on AL 1, 52).

Amen. L’occasion de conclure par cette pieuse éjaculation, dont nous espérons qu’elle touche Anonyme : < O gloire de Priape ! O béatitude de la Grande Déesse ! > (Cordis 4, 24).




Bénédictions endiablées.

- Sir Shumule, ☉︎ in 14° ♎︎ : ☽︎ in 14° ♒︎ : ♂︎ : Ⅴⅴ.

Illustration : ATU XI par Milo Manara