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Wednesday, March 18, 2020

Liber 418, 7ème Aethyr


Do what thou wilt shall be the whole of the Law.
Il est dit dans la Habibi de ce jour, soit LIBER XXX AERUM vel Saeculi sub figvra CCCCXVIII (7ème Aethyr) : < It is the Universal Peacock that I behold : C'est le Paon Universel que je contemple. > (VV 7, §9) Or, en vertu du divin principe d'exquise synchronicité (« Tout ce qui advient est un jeu de NUIT »), qui régente nos trajectoires en cette vallée de larmes de joie, GH le Zéniste demandait tout à l'heure :

« Pourquoi Sir Shumule, le Chāh de Chester, Théropode à Monocle et Roi des Lézards Tyrans, a t-il choisi le Paon comme symbole de sa doctrine ? »

Réponse :

L'orgueil du paon est la gloire de Dieu. – William Blake

Cher Ami Zen,

Il est écrit : < He that lives long & desires death much is ever the King among the Kings : Celui qui vit longtemps et désire beaucoup la mort est toujours le Roi parmi les Rois > (AL 2, 74), ce qui, en dernière analyse, implique, très bizarrement, non seulement que la puberté — le feu adolescent, la rage hormonale, quand on se br*** dix fois par jour, etc. — est le temps le plus propice à l'Initiation, mais que le seul moment qui présente un quelconque intérêt dans le cours de l'existence humaine est celui de la Jeunesse (i.e. avant trente-trois ans).

Ainsi que le disent mes role models fondamentaux :

« Nous mourons chaque jour : la fleur de la jeunesse compte peu de matins, comme la fleur des champs ; et les premiers à fuir sont nos premiers beaux ans. » — Pétrone
« Oh ! ces jours de jeunesse ! ces bien-aimés, ces chéris jours de jeunesse ! Gagnerais-je cent mille livres par an, je donnerais avec plaisir la moitié de mon revenu pour leur retour. » — Capitaine Edward Sellon

Pour moi, j'ai autrefois donné de ma jeunesse le résumé suivant :

Au cours des quinze dernières années, j’ai mené une existence d’aventurier dandy, impliquant une multitude de tampons sur mon passeport, de liaisons sans lendemain, de rixes sanglantes et de cellules de dégrisement. Il vous faudrait trois vies pour approcher ne serait-ce que le nombre de ragots qui me concernent... J’ai aussi contemplé un tas de choses bizarres, dans presque tous les cercles où se pratiquent les arts du mysticisme et de la magie – choses à la vue desquelles un bourgeois, un sceptique, un matérialiste, se fût instantanément réfugié dans la certitude qu’il était atteint d’aliénation mentale – Moi, simple hobereau glandeur, il ne m’est jamais venu à l’idée de douter de mes sens – résultat : j’ai pu m’édifier tout en m’émerveillant.

Pur produit de la Vieille France, c’est-à-dire jeune homme propre-sur-lui ayant appris très tôt que les enfants ne parlent pas à table, j’ai fréquenté plus de voleurs et d’assassins que si j’étais né cas social, et le lit de plus de femmes que si j’étais devenu hardeur – vocation que le cant familial contraria in extremis.

J’ai beaucoup voyagé. Les convictions religieuses, philosophiques ou politiques ne valent rien, qu’elles ne soient validées par l’expérience directe – sans compter qu’en fait de femmes, j’aime livrer étranger – Mais je me sens devenir sédentaire – A l’homme véritablement contemplatif, ne suffit-il pas de changer, de temps à autre, l’agencement de ses coussins ?

Or, c'est au cours des pérégrinations sus-décrites que j'ai fait, à Lalesh, dans le nord de l'Irak, la connaissance d'un vieux Cheikh Yézide qui m'a enseigné ce qui suit :

Lorsque, au sixième jour, DIEU a établi Adam maître du Jardin d'Eden, le paon a été le seul animal à refuser de se prosterner devant l'homme, arguant que l'« on n'adore que DIEU ». La proverbiale vanité du paon s'avère donc, en fait, marque d'une piété supérieure. Depuis, je ne me fie à l'attainment d'un homme que s'il est élégant, comme il est écrit : < Be goodly therefore, dress ye all in fine apparel : Donc soyez beaux, portez tous des tenues raffinées > (AL 1, 51).

Notez que le Yézidisme, plus ancienne religion du monde, affirme que le même paon est celui qui, sur l'Arbre, a enseigné la Magie à Eve – qu'il est donc HADIT, dont tous les Sages sont des avatars, ou des déguisements.

Notez aussi qu'en hébreu, paon se dit טווס, qui peut cabalistiquement se lire : « le Serpent (Teth ט veut dire Serpent) de la Sagesse (ו signe l'Atu V) et des Délices (ו signe le Taureau ♉️) qui confère l'Art Royal (ס signe l'Atu XIV)

Notez encore que טווס a pour valeur numérique 81, celle de אלים (« les dieux », cf. "avatars et déguisements" supra) et de אנכי, terme par lequel DIEU Se désigne Lui-même dans le Livre de l'Exode (23, 20) lorsque Il promet d'envoyer des Mages sur Terre.

Notez enfin que טווס est le notarikon de טית ושמים ונץ ספּר, "le livre du serpent et du ciel et du faucon" i.e. le Liber CCXX.

J'ai toujours considéré que le seul verset de la Torah où il soit question de paons < כִּי אֳנִי תַרְשִׁישׁ לַמֶּלֶךְ בַּיָּם, עִם אֳנִי חִירָם; אַחַת לְשָׁלֹשׁ שָׁנִים תָּבוֹא אֳנִי תַרְשִׁישׁ, נֹשְׂאֵת זָהָב וָכֶסֶף : De fait, le roi avait une flotte à destination de Tarsis, naviguant avec la flotte de Hiram, et qui revenait tous les trois ans avec une cargaison d'or et d'argent, d'ivoire, de singes et de paons > (Rois 1, 10, 22, repris dans Chroniques 2, 9, 21) impliquait, par le nom d'Hiram, – celui de l'Architecte du Temple, assassiné à Midi, c'est-à-dire à trente-trois ans, – un Enseignement secret relatif à l'Homme, et que cet Enseignement était que l'homme est nécessairement soit un singe, soit un avatar de l'ange-paon, comme il est écrit : < He that is righteous shall be righteous still; he that is filthy shall be filthy still. Yea! deem not of change: ye shall be as ye are, & not other. Therefore the kings of the earth shall be Kings for ever; the slaves shall serve. There is none that shall be cast down or lifted up: all is ever as it was : Celui qui est juste sera encore juste, celui qui est immonde sera encore immonde. Oui ! ne croyez pas changer: vous serez tels que vous êtes & non autrement. Par conséquent, les rois de la terre seront Rois pour toujours; les esclaves serviront. Nul ne sera déchu, ni élevé: tout est toujours ce qu'il fut. > (AL 2, 57-58)


Voilà, Ami cher. Je vous souhaite un heureux confinement, mais suis bien tranquille à votre sujet : nulle réclusion n'est assez claustrale pour un Maître de Zen !

Bénédictions endiablées.

Love is the law, love under will. 


ϣ. ☉︎ in 28° ♓︎ : ☽︎ in 25° ♑︎ : ☿︎ : Ⅴⅴ. Grande Fête de Jacobus Burgundus Molensis le Martyr, H' venge son sang.


Illustrations : Taus Melek, l'Ange Paon ; Jeune fille au Paon par Edmond Aman-Jean (image qu'"en vertu du divin principe d'exquise synchronicité", AJ nous a envoyé aujourd'hui, qu'il en soit remercié).

Wednesday, January 22, 2020

Que faire si le binaire vous attaque subitement ?


Do what thou wilt shall be the whole of the Law.
Ce cours devait initialement s'intituler Nirvana frénétique ou Valhalla zen. Ou Les Meilleurs endroits où dîner hyper bien et pour extrêmement cher à Paris. — Il y fut question de Magie, de Qabale, de Runes, des Beatles et de la méthode opérative pour que les lions se couchent à vos pieds quand on vous jette aux arènes.
Love is the law, love under will.
ϣ. ☉︎ in 1° ♒︎ : ☽︎ in 3° ♑︎ : ☿︎ : Ⅴⅴ.

Tuesday, October 1, 2019

Deuxième Epître au Maître de Zen

Surtout, que notre ami GH n'aille pas prendre le mot "second" pour une invitation à ne plus nous écrire ! Ayant, avec cette chère vieille purée de langue française, le rapport d'un sub à sa moneydome, je sacrifie humblement au purisme, c'est tout, et serai heureux de ré-intituler ce billet Deuxième Épître au Maître de Zen dès que nous aurons eu un troisième échange ! [PS 18/3/2020 ev : C'est fait !]

Ainsi donc, je reçois ce matin :

"De GH le Zéniste à Sir Shumule le Thélémite, salut !
Cher Maître, vous citez la déesse Babalon dans votre Allocution d'automne. J'avoue peiner à saisir les subtilités du panthéon thélémite et, principalement, le rôle de cette déesse que je prenais jusqu'ici pour une simple divinité du Sexe.
J'ai lu "la Vision et la Voix" de Crowley, ainsi que "Mystery of Mystery" de T Apyrion et Soror Helena, ouvrages fort intéressants mais qui ne m'ont été d'aucun secours.
Puis-je, à nouveau, solliciter vos Éclaircissements ?
Bonheur et succès galants. Neuf prosternations."

Cher Ami Zen,

Do what thou wilt shall be the whole of the Law.

Comme toutes les règles du jeu, la théogonie thélémite devient très accessible dès que l’on vous en indique la structure essentielle.

En l’occurrence, il est dit que les Noms des différents dieux et déesses de Thelema désignent les degrés successifs de manifestation de l’Un dans le Multiple.

Mais soyons plus didactiques et tatillons.

< One > est le premier Mot des Livres Saints de Thelema (Magi, 1) : Tout commence donc avec l'Un. Ou, selon le premier mot, justement, de la religion : DIEU est l’Un, comme il est écrit : < O my God ! One is Thy Beginning ! One is Thy Spirit, and Thy Permutation One !> (Ararita 1, 0), et < Say thou that He God is one ; God is the Everlasting One > (Ararita 3, 0), et < There is One God alone > (Ararita 4, 1).

En tant qu’Un, DIEU est l'Absolu et demeure, par conséquent, éternellement inconcevable : toutes nos manières de penser et de parler sont inapplicables à l'Absolu ; toute phrase par quoi on essaie de Le qualifier, de Le faire connaître, se nie elle-même.

Pourquoi, dans ce cas, ne pas dire de DIEU qu'Il est le Zéro plutôt que l'Un ?

Parce que Son inconcevabilité, qui équivaut, pour notre intelligence, au Zéro, reste relative : il ne s'agit pas d'un néant d'être mais, au contraire, d'une plénitude d'être dont l'Infinité dépasse infiniment toute imagination et toute conception. Et, au bout du compte, ça revient au même : tel est le Mystère d'Aleph א , le Fou du Tarot : dire Un revient à dire Zéro (cf. AL 1, 48) puisque, à notre intellection humaine, les choses ne peuvent être que Zéro ou Deux. (Mnémonique : Tant que je n’ai pas vu la jeune fille, elle n’existe pas, elle est Zéro, dans mon esprit. Dès que je la vois, je souffre de ce que nous soyons séparés [de ce que nous soyons 2] et vais m’efforcer d’ajouter un lien social à ce 2, afin de formuler le 3, grâce auquel j’espère bien m’unir [formuler le 1] avec elle, c’est-à-dire parvenir à un orgasme synchrone qui me fera, un lumineux instant, perdre conscience de notre séparation, donc réintégrer le Zéro.)

Ainsi, DIEU, inconnaissable cause des causes, précède atemporellement tout le pensable, le concevable, l'imaginable. Les Qabalistes appellent ce principe Aïn (litt « rien », ou : « ne pas »), vous l’appelez Zen 禪, et la théologie des premiers chrétiens l’appelle « apophatique » : de DIEU, on ne peut rien dire ou, plutôt, on ne peut dire de Lui que ce qu’Il n’est pas : < Un nom qui peut être prononcé n'est pas le Nom éternel > dit Lao-Tseu, qu’en langage gnostique nous traduisons : DIEU est Celui-que-l’on-ne-peut-nommer-parce-qu’Il-n’a-pas-de-Nom.

Q : Mais Gnose (γνῶσις, gnôsis) veut dire Connaissance, pourtant : comment, dans ce cas, prétendre connaître DIEU ?

R : En procédant par étapes :

1. Au plan « blanc » (i.e. spirituel) : la définition hermétique de DIEU est < la Sphère spirituelle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. >

a. Pour ce qui est de la Circonférence : La plus proche idée que nos capacités humaines puissent se faire du Divin est, bien entendu, celle de l’Infini – que notre cerveau traduit par "Espace Infini" : l’Aïn Soph des Qabalistes, dont l’empyrée est l’image évidente. Cet aspect du Divin est, lui, nommable : en Thelema, il est appelé NUIT.

b. Pour ce qui est du Centre, c’est-à-dire de l’indécelable point de départ du Cercle : nous concevons DIEU, non plus comme Rien, mais comme l’origine invisible de tout ce qui nous entoure : c’est l’Aïn Soph Aur des Qabalistes, DIEU en tant que Source secrète de toute vie. Cet aspect du Divin, dont il est écrit que sa demeure est l’ipséité de chaque être vivant (AL 2, 2), est appelé HADIT.

2. Au plan « rouge » (i.e. phénoménal) : DIEU étant l’Un dont procède la vie et le Centre autour duquel tout le système « picturable » est agencé, Il est à l’Absolu ce que le Soleil est au Relatif et le Roi à la Cité (principe qabalistique de base, dont le nombre 666 est le glyphe le plus fameux).

Le Soleil est donc l’image la plus impeccable que nous puissions nous faire de la nature de l’Être suprême. Ce troisième aspect (« l’astre solaire en tant qu’image visible de l’Un ») est appelé HERU-RA-HA.

Il s’agit, comme tout ce qui est intellectuellement saisissable, d’un principe binaire, c’est-à-dire double : spirituellement, le Soleil est silence et pureté (< Sol lucet omnibus > a dit Pétrone ; le Soleil est pureté parce que le feu est incorruptible, et il est silence parce qu'il demeure radieusement indifférent aux horreurs qu’il éclaire) : cet aspect du Divin est appelé HOOR-PAAR-KRAAT.

Temporellement, le Soleil dirige nos vies et nos activités : il est, littéralement, l’autorité politique suprême, inexorable dans ses horaires qui dictent les siens à l’humanité. Il est l’autocrate qui, astrologiquement, détermine nos victoires et nos échecs. Impitoyable, il illumine ou brûle selon la manière dont on s’expose à lui. Cet aspect du Divin est appelé RA-HOOR-KHUIT.

3. Au plan « noir » (i.e. matériel), enfin : qui dit Soleil dit Lion : DIEU est à l’ordre physique ce que le Roi est à la Cité, c’est-à-dire le Principe d’Unicité, très difficilement accessible, caché derrière la multiplicité affolante des choses, mais dirigeant celle-ci : c’est la notion de l'Arcane, du Surnaturel-en-tant-que-naturel-non-encore-compris-ou-révélé : cet aspect du Divin, l’aspect « suprême prince-prêtre de la nature », est appelé CHAOS (ou THERION).

Suit, logiquement, l'aspect le plus sensiblement évident du Divin : la Nature elle-même, selon le principe « Intention Divine et loi naturelle sont une » ou, pour citer Wodenson : < Les lois de la Nature sont une "bible" que les hommes ne peuvent inventer, falsifier, ni pervertir de quelque manière que ce soit > (Autobiography, cap.7). Cet aspect est appelé BABALON – nom qui signifie « Porte de Dieu », la Nature étant le Déguisement dont l’Un Se pare afin de permettre que Nous puissions L’approcher, Le connaître et communier à Lui sans être instantanément brûlés.

Or, en fait de déguisement, la représentation traditionnelle de BABALON – la Femme Écarlate, Fille de la Fortitude et Mère des Abominations – est une Prostituée Sacrée rousse à l’énergie sexuelle dévorante, qui s’enivre perpétuellement du sang des grands hommes conservé dans le Saint Graal qu’elle a dérobé.

La Nature est, en effet, le Divin accessible – consommable, si je puis dire – à celui qui peut payer.

La Nature est merveilleusement belle, entièrement régie par l’impulsion sexuelle, et ne se maintient en vie (c’est-à-dire connectée au divin – symboliquement : « ivre ») que par les mérites des hommes hors du commun (les saints et les héros dont la Qabale enseigne que le sang qu’ils versent durant l’épreuve préserve, de génération en génération, le monde de l'anéantissement).

La Nature est inflexible dans ses lois comme une escorte avec un mauvais payeur, qu’elle jette dehors même s’il est quelqu’un de « bien ».

Elle est séduisante, trompeuse et dangereuse dans les tentations qu’elle offre comme une escorte avec un bon payeur, qu’elle flatte même s’il est quelqu’un de « mal ».

Elle obéit au Magicien (cf. THERION supra) comme une escorte obéit à son pimp.

Elle est cruelle comme une femme ardente que ses appétits taraudent et elle est intégralement amorale.

C’est donc bien ça ! L'allégorie la plus exacte par laquelle nous pouvons résumer l’aspect sous lequel le Divin Lui-même Se révèle de façon absolument évidente et incontestable (loi naturelle et intention divine étant une et DIEU étant Un avec Son intention) est, effectivement : une Prostituée Sacrée rousse à l’énergie sexuelle dévorante, qui s’enivre du sang des grands hommes conservé dans le Saint Graal qu’elle a dérobé.


Babalon, par CultOfTheKu

Life is not just a « bitch », Ami Zen – life is a Great Whore !

Love is the law, love under will.

Bénédictions endiablées.

- Sir Shumule, ☉︎ in 8° ♎︎ : ☽︎ in 17° ♏︎ : ♂︎ : Ⅴⅴ

Tuesday, August 27, 2019

Me and Choronzon Blues

Abondance de courrier ce matin, dont surnage l'inopinée pointue question suivante:

« De GH le Zéniste à Sir Shumule le Thélémite, salut !
Bonheur et succès galants !
Je ne parviens pas, Maître, à comprendre ce que représente exactement le démon CHORONZON, décrit par John Dee et Sir Edward Kelly, qui est devenu le « diable » dans la philosophie de Thelema.
Puis-je solliciter vos Hautes Lumières sur ce point ?
Neuf Prosternations. »

Ma foi, ami Zen,

Do what thou wilt shall be the whole of the Law.

Vous êtes un séduisant mystère promis à une destinée sublime qui, comme chacun d’entre nous, avez un côté sombre. Une partie de votre psyché gronde, salive et montre les dents : elle est inconsciente – elle est irrationnelle – elle se nourrit exclusivement de mauvaise volonté, de passions perverses et de peurs instinctives.

C’est le morceau de maladie-du-monde qui se trouve être échu à votre assiette.

Choronzon est le nom que l’on donne à ce margouillis de désirs refoulés, de meurtrissures d'égo, de self-delusions niaises, que vous ignorez délibérément car il est peu flatteur et diffère, en des proportions douloureuses, de ce que vous aimeriez vous faire croire que vous êtes.

Carl Gustav Jung l’appelle "l'Ombre" ; les Chrétiens l’appellent le Malin ; les Juifs l’appellent le Yetzer Hara ; les Hindous l'appellent Apasmārapuruṣa ; les Bouddhiste l’appellent Māra ; nos Ancêtres l’appelaient Loki : vous pouvez l’appeler votre evil twin, votre Mephisto, votre natif-du-Cancer interne.

Du coup, Choronzon est également ce que les Alchimistes transforment en or : non quelque chose d’intrinsèquement « mal », mais un subalterne qui, – comme tous les stalkers, toutes les imbitables à daddy issues et tous les larbins congédiés, – devient, parce qu’on l’ignore, hystérique en surcompensation : ainsi l’homme tourne-t-il compulsivement, caricaturalement bas-de-gamme pour cesser de souffrir.

Si vous ne piétinez pas votre Iznogoud, votre Iznogoud vous mordra au mollet. Il sabotera systématiquement vos efforts, à moins que vous ne vous efforciez d’agressivement l’identifier et d’alchimiquement le transmuter : < Refuse none but thou shalt know & destroy the traitors > (AL 3, 42) : n’est-il pas très connu que se plaindre des manquements d’autrui est trahir ses propres défaillances ?... Si vous déshéritez un aspect de votre personnage, il se matérialisera brusquement, au coin du bois, sous forme (peu ou prou) humaine, lorsque vous l’attendrez le moins...

Comme l’Anneau de Sauron, il veut qu’on le trouve : d’où les actes manqués, les pseudo-accidents, les inhibitions bêtes – les kink libidineux dangereusement barrés,


Me and Choronzon were walking side by side,
I’m gonna beat my woman until I get satisfied.

… les « aventures terribles » dont Nietzsche nous dit qu’elles finissent par nous faire soupçonner que celui à qui elles arrivent est lui-même quelqu’un de terrible.

Voyez, ami Zen ! Le nain qui refuse de s’admettre nain sera jeté (ou lancé, plutôt, puisqu’il s’agit d’un nain) sur un terrain de basket-ball devant des millions de téléspectateurs : quiconque nie ce qu’il n’aime pas en lui-même aura le nez plongé dedans.

Soyez donc Alchimiste plutôt que Youtubeur ! Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem : « Jusqu’à ce que vous ayez rendu le Subconscient conscient, il dirigera votre vie et vous l’appellerez le destin », dit encore Carl Jung – ou, selon ma formule inlassable : ce que tu fuis est ton salut.

Love is the law, love under will.

Bénédictions endiablées.

- Sir Shumule

Faust et Mephistophélès, par Anton Kaulbach